Acte 2/scène 7
FDJ et Yakatoukassé
FDJ se met à son bureau et ouvre son ordinateur. Sans bruit le chauffeur entre en scène et se place derrière elle.
FDJ - (Effrayée) Vous m’avez fait peur !
Yakatoukassé - Je suis désolé.
FDJ - Mais qui êtes-vous ? L’agence est fermée !
Yakatoukassé - Yakatoukassé !
FDJ - Si vous cassez quelque chose, j’appelle la police. Non, mais, vous vous croyez où ?! Sortez !
Yakatoukassé s’approche de FDJ et l’assoit sur un fauteuil.
FDJ - Mais qu’est-ce que vous faîtes ? Vous êtes fou ? Vous voulez bien me répondre ? !
FDJ tente de se relever.
FDJ - Vous ne parlez pas notre langue ?
Elle arrive à se relever et se tient à distance de Yakatoukassé.
FDJ - Attendez ! Il y a des applications pour cela. Vous êtes Chinois ?
(Elle parle à son téléphone) Que voulez-vous ?
Le téléphone traduit en chinois : « Nin xiang yao shén me ? »
Le chauffeur lui prend son téléphone et le jette. Il lui attache les mains dans le dos sans un mot.
Yakatoukassé - Taisez-vous ! Je suis venu laisser un message.
FDJ - Un message ? Mais pour qui ?
Yakatoukassé - Pour Mme Lise.
FDJ - (Paniquée) Je ne suis pas Mme Lise. Si vous patientez quelques minutes, elle va revenir.
Yakatoukassé remet FDJ dans le fauteuil
FDJ - Quand je disais que cette société part à la dérive. La violence est partout !
Yakatoukassé sort de sa poche un couteau et l’approche du visage de Lise.
Yakatoukassé - Calmez-vous ! Et écoutez bien ce que je vais dire.
FDJ - (Effrayée) De là où je suis, je peux lire sur vos lèvres.
Yakatoukassé - Ecoutez-moi bien. Dans l’hypothèse où vous ne transmettriez pas ce message, vous feriez de la peine à votre maman.
FDJ - Qu’est-ce que ma mère a à voir là-dedans ?
Yakatoukassé - C’est juste pour dire qu’elle aura du mal à vous reconnaitre.
FDJ (Faussement détendue) - J’imagine que c’est une métaphore ?
Pointant la lame sous les yeux de FDJ.
Yakatoukassé - (Il la tutoie) Je commencerai par te faire les poches.
FDJ – Je veux bien admettre que mon nez soit un peu trop long, mais je n’ai jamais eu de poche sous les yeux ! Vous par contre, vous avez un problème de peau. Vous êtes fumeur ?
Yakatoukassé la regarde d’un air ahuri.
FDJ - Je peux vous conseiller ma dermatologue. Si je l’appelle, elle vous prendra peut-être. Elle est très bien... Vous avez une bonne mutuelle ? (Parlant plus lentement comme si elle se méfiait de la réaction de Yakatoukassé) Sinon, je peux vous donner un gel exfoliant pour déloger l’excès de sébum et libérer les pores de votre peau. Mais il faudrait vraiment arrêter de fumer.
Yakatoukassé - Après m’être occupé de tes poches, je ne suis pas sûr que tu auras encore les yeux en face des trous.
FDJ – C’est la deuxième fois que vous me tutoyez. Vous voulez que nous soyons amis ?
Yakatoukassé la regarde avec des yeux ronds.
Yakatoukassé - Amis ?
FDJ - Je parle, je parle, mais vous ne m’avez pas encore donné la raison de votre présence.
Yakatoukassé - Mr Ping vous confirme qu’il souhaite maintenir la date de son rendez-vous, qui était prévue. Vous direz à Alan que Monsieur Ping est un homme de parole et je suis chargé de faire en sorte que les choses se déroulent comme prévu. Donc le message est simple : Je reviendrai comme prévu, dans deux jours.
FDJ - Je suis l’assistante d’Alan. Je transmettrai le message.
Yakatoukassé - Le message est simple. C’est une confirmation de rendez-vous. Je reviendrai comme convenu dans deux jours...
FDJ (Timidement) - Il y a un dossier à préparer pour ce rendez-vous ? parce que je ne suis au courant de rien. Je ne voudrais pas que votre affaire capote pour une erreur de procédure.
Yakatoukassé - La procédure, je viens de vous la donner ! Ici, dans deux jours !
Yakatoukassé libère FDJ et lui tend deux billets de 100 €. FDJ ne comprend pas.
Yakatoukassé - C’est pour la serrure que j’ai un peu maltraitée en entrant et celui-là c’est pour vous ! Pour vous faire un massage aux pierres chaudes. Ça vous détendra. Nous sommes un peu dur en affaire, mais nous ne sommes pas des voyous.
FDJ - De vrais humanistes.
Yakatoukassé sort de scène.
Acte 2/scène 8
Lise et FDJ
FDJ est sous le choc. Elle se met à trembler de tout son corps. Lise entre en scène et ne remarque rien.
Lise - Je n’ai pas été trop longue ? Vous n’avez pas eu le temps de vous ennuyer.
FDJ a du mal à s’exprimer
FDJ - Je... n’ai... pas...vu... le temps passer.
Lise - Je trouve que tout à l’heure vous y êtes allée un peu fort. Notre société n’est pas aussi violente que vous le dites. Ne voyez pas le mal partout même si dans votre cas, vous n’avez pas eu de chance. Je comprends votre situation. Si j’étais à votre place, je n’aurais probablement pas la force nécessaire pour rebondir. Vous avez été surprise par ce qui vient de se passer. Tous vos espoirs de changer de vie viennent de s’effondrer, à cause d’un fichu ticket que vous avez égaré. Vous devez être sur le choc.
FDJ je mets à pleurer. Lise ne sait pas quoi faire.
Lise - Vous pourriez arrêter de trembler, comme ça ? Vous me transmettez votre angoisse. Moi aussi, je suis hyper émotive.
Elle finit par prendre FDJ dans ses bras. FDJ lui murmure quelque chose à l’oreille.
Lise - Vous voulez me dire quelque chose ? Oui, d’accord. Ne bougez pas, je reviens.
Lise va chercher un stylo dans son sac et un papier et le donne à FDJ
Lise - Tenez.
FDJ écrit quelque chose et le donne à Lise.
Lise - Ne le prenez pas mal, Mais j’ai un peu de difficulté à vous lire.
FDJ retourne la feuille.
Lise - Même dans ce sens-là, ça va être compliqué de vous déchiffrer.
FDJ Redouble de sanglots.
Lise - On va tenter quelque chose. Vous connaissez le jeu : dessinez, c’est gagné ?
FDJ lui fait « oui » de la tête.
Lise - Allez-y, dessinez ce que vous voulez me dire. Je vais essayer de deviner.
FDJ prend le papier et dessine et montre à Lise qui ne comprend toujours pas.
Lise - Essayez de faire un rebus.
FDJ - Je n’y arrive pas !
Lise - Vous avez l’air d’aller mieux.
FDJ - Non, ça ne va du tout ! J’ai droit à des soins ! Appelez un psychologue. Je viens d’être agressé par un géant Chinois qui a voulu me faire lifting avec son opinel.
Lise - Vous délirez ?
FDJ - Il m’a menacé et m’a attaché les mains ! J’étais assise sur ce fauteuil !
FDJ montre un endroit sur le sol.
FDJ - Il était juste là ! Il a menacé de me crever un œil.
Lise (Ne la croyant pas) - Lequel des deux ?
FDJ - Très drôle ! Il m’a dit que le rendez-vous était maintenu, quoi qu’il en coute.
Lise (Intéressée par les propos de FDJ) - Vous êtes sûr qu’il était chinois ?
FDJ - Il avait l’œil du tigre !
Lise - Qu’est-ce qu’il a dit d’autre ?
FDJ - Il a parlé de ma mère. On aurait dit qu’il la connaissait... Vous y comprenez quelque chose ?
Lise - Il a parlé d’un Mr Ping ?
FDJ - Oui, ce monsieur à l’air très en colère ! J’ai senti que ce grand chinois agissait au nom de cet homme, mais qu’il n’adhérait pas totalement à ses méthodes. Il m’a donné 200 € avant de partir.
FDJ lui donne un billet de 100 €.
FDJ - Tenez, il m’a dit que c’était pour faire réparer la porte. Vous ne trouvez pas cela bizarre ?
Lise - Il vous a donné 2 billets de 100 € ?
FDJ - Le deuxième, c’est pour mon massage aux pierres chaudes.
Lise prend son téléphone.
FDJ - Qu’est-ce que vous faites ?
Lise - J’appelle Alan.
FDJ - C’est à moi de le faire. Je suis son assistante.
Lise - Désolée, j’ai été plus rapide que vous. Il ne répond pas. Je vais laisser un message.
FDJ - Il n’écoute jamais ses messages. Envoyer lui un texto ?
Lise - Un texto ?
FDJ - Oui, un message écrit. Passez-moi votre téléphone.
Lise - Je sais comment on envoie un texto ! C’est juste votre façon de dire « texto ». Dans votre bouche, ça sonne comme un mot obscène.
FDJ envoie le texto.
FDJ - Désolé, j’ai été plus rapide que vous.
Lise - On dirait que cette fois, vous avez bien récupéré.
FDJ - Qu’est-ce que vous allez faire ?
Lise - J’essaie de réfléchir.
FDJ - Vous ne prévenez pas la police ? J’ai tout de même été agressée sur mon lieu de travail !
Lise - Je ne vous empêche pas de porter plainte. Mais je ne vous promets pas que ce soit efficace. Ce n’est pas vous qui me disiez tout à l’heure que la police était impuissante et que la justice protège les délinquants ?
FDJ - Dit la femme qui a essayé de me tuer avec un pistolet. Vous êtes qui pour me faire la morale ? On ne se connait pas.
Lise - Je vous rappelle que vous étiez sans autorisation dans une propriété privée en vous déplaçant dans l’obscurité. Nous sommes un jour férié, par conséquent, vous n’aviez donc rien à faire ici. Les gens comme vous ont vite fait …
FDJ - Les gens comme moi, ça veut dire quoi ?
Lise - Vous faites partie de ces gens qui critiquent la société dans laquelle ils vivent, mais qui ne font rien pour tenter de l’améliorer. C’est plus simple de se réfugier dans un monde d’illusion en attendant que les choses s’améliorent d’elle-même avec comme seul espoir celui de gagner le gros lot.
FDJ - Vous ne savez rien de moi. Le jeu c’est une addiction.
Lise - Je n’ai pas terminé ! Essayez de grandir et acceptez d’être en désaccord avec la communauté dans laquelle vous viviez, sans pour autant décider de la fuir et de vous positionner comme une victime. Maintenant, j’ai fini. Désolée, si j’ai été un peu longue, mais il fallait que ça sorte.
FDJ - Vous avez de la repartie. On ne m’a jamais parlé comme ça. Vous devez bien vous entendre avec Alan ! Vous tenez le même genre de discours.
Lise prend son téléphone.
Lise - Alan a répondu. Il arrive.
Acte 2/scène 9
Alan, Lise et FDJ
Alan entre en scène avec précipitation.
Lise - Ah, te voilà ?
Alan - Je n’ai pas pu venir plus vite. Je n’ai pas vu ton message immédiatement. Dites-moi ce qu’il s’est passé exactement.
Lise - Ping a envoyé son chauffeur ici et il est tombé sur ton assistante.
FDJ - Il m’a menacée avec un couteau !
Lise (souhaitant dédramatiser) - Un opinel.
FDJ - J’aurai voulu vous y voir, vous ! Il était moins une pour que j’aille au quinze-vingt !
Lise - Aux quinze-vingt ?
FDJ - Oui, le Centre Hospitalier national d’Ophtalmologie.
Alan - S’il vous plait ! Calmez-vous toutes les deux. Pourquoi il s’en est pris à FDJ ? Il ne l’avait jamais vu.
FDJ - Elle était là et c’est sur elle que c’est tombé.
Alan (s’adressant à Lise) - Toi, tu étais où ?
FDJ - Madame était partie se repoudrer le nez.
Alan - Et toi, pourquoi tu étais là ?
FDJ - Je crois que l’on s’éloigne un peu du sujet.
Alan voit son pistolet sur le fauteuil.
Alan - Qui a sorti mon pistolet du coffre ?
Lise - J’ai pris l’arme pour me défendre. Ton assistante m’a fichu la frousse en se promenant dans la pénombre à la recherche d’un ticket d’euro million ! Je venais d’avoir un appel de Ping qui m’a dit qu’il envoyait son chauffeur.
FDJ - Vous saviez que ce type allait venir ?
Lise - Oui, j’étais paniquée. Et puis je vous ai vu.
Alan (s’adressant à FDJ et rangeant le pistolet dans le coffre)
- Cet homme qui est venu, qu’est-ce qu’il t’a dit ?
FDJ - Demande à ta copine. Elle sait mieux que moi résumer les faits.
Lise - Monsieur Ping veut nous voir, comme prévu après-demain.
Alan - Sinon, quoi ?
FDJ - Sinon, c’est moi qui vais m’en prendre plein la figure et ma mère aussi !
Alan - Ok, FDJ, tu vas rentrer chez toi pour te reposer et demain tu ne viendras pas travailler, ni après-demain.
S’adressant à Lise.
Alan - Nous deux, on va devoir s’adapter. Ce qui veut dire que l’on a deux jours pour tout régler. Dans la même matinée, on va devoir rencontrer la police et notre investisseur du soleil levant.
Fin de l’acte 2
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